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Ci-dessous Ibn Khaldûn... (et oui, il vaut souvent mieux se taire et attendre que la petite herbe pousse ayant pris soin au préalable de nettoyer l'ivraie qui la dépasse toujours)... Nocif

Publié le par Nocif

 

 

 

 
Tout est écrit depuis fort longtemps...
Ibn Khaldûn (1332-1406) fait partie du petit cercle d'intellectuels qui ont soulevé les vrais problèmes.
Professeur à la prestigieuse université d'Al-Azhar, il est considéré aujourd'hui comme le précurseur de la sociologie.
Issu d'une famille noble et prestigieuse, Ibn Khaldûn a été très tôt initié à l'alchimie au sein de sa tariqa (ordre mystique musulman).
 
Il a rédigé en 1377 Al-Muqaddima (Les Prolégomènes) son ouvrage phare. Pour ce sage et pieux musulman, l'histoire est une branche de la philosophie :
"Regardons ensuite les caractères intérieurs de la science historique : ce sont l'examen et la vérification des faits, l'investigation attentive des causes qui les ont produits, la connaissance profonde de la manière dont les événements se sont passés et dont ils ont pris naissance. L'histoire forme donc une branche importante de la philosophie et mérite d'être comptée au nombre des sciences."

Il définit le rôle du sage, qu'il nomme le juge clairvoyant, dans un petit extrait dont la quintessence est alchimique :
"Si le gouvernement voulait agir avec franchise, éviter la partialité, renoncer à la corruption et à la fraude ; s'il marchait droit sans s'écarter du sentier de la rectitude, l'or pur et l'argent de bon aloi (en fait de science) auraient une valeur réelle sur son marché ; mais s'il se laisse conduire par ses intérêts personnels et par ses préjugés, s'il se remue au gré d'intrigants qui se font les courtiers de l'injustice et de la déloyauté, alors les marchandises falsifiées et la fausse monnaie (de l'érudition) y auront seules du cours. Pour en apprécier la valeur, le juge clairvoyant doit porter en lui-même la balance de l'examen, la mesure de l'investigation et de la recherche."


Il précise :
"Il faut donc que l'historien connaisse les principes fondamentaux de l'art du gouvernement, le vrai caractère des événements, les différences offertes par les nations, les pays et les temps en ce qui regarde les moeurs, les usages, la
conduite, les opinions, les sentiments religieux et toutes les circonstances qui influent sur la société. Il doit savoir ce qui, de tout cela, subsiste encore, afin de pouvoir comparer le présent avec le passé, distinguer les points dans lesquels ils s'accordent ou se contredisent, montrer les raisons de ces analogies et de ces dissemblances, expliquer l'origine des dynasties et des religions, indiquer les époques où elles ont paru, les causes qui ont présidé à leur naissance, les faits qui ont provoqué leur existence, la position et l'histoire de ceux qui ont contribué à les établir. En un mot, il doit connaître à fond les causes de chaque événement, et les sources de chaque renseignement. Alors il pourra comparer les narrations qu'on lui a transmises avec les principes et les règles qu'il tient à sa disposition ; si un fait s'accorde avec ces règles et répond à tout ce qu'elles exigent, il peut le considérer comme authentique ; sinon il doit le regarder comme apocryphe et le rejeter. C'est en supposant l'emploi de cette attention scrupuleuse par les historiens, que les anciens ont accordé à leurs travaux la plus haute estime. Plusieurs savants, tels que Taberi, El-Bokhari, et leur prédécesseur Ibn Ishac, ont adopté cette marche, tandis que d'autres, en grand nombre, n'y ont pas même songé ; aussi ces derniers, dans leurs écrits, ne font que déceler leur ignorance du secret que tout historiographe doit connaître."


La liberté est donc essentielle :
"L'homme qui connaît un fait ou qui en acquiert la certitude est tenu, par devoir, de le publier."

Plus profond encore, il révélait le secret :
"Les faits dont nous sommes journellement témoins suffisent pour confirmer nos observations ; le passé et l'avenir se ressemblent comme deux gouttes d'eau."

Il définit donc les 7 erreurs que doit éviter celui qui pense :
"Or, comme le mensonge s'introduit naturellement dans les récits historiques, il convient d'indiquer ici les causes qui le produisent :

. l'attachement des hommes à certaines opinions et à certaines doctrines.
. la confiance que l'on met dans la parole des personnes qui les ont transmis.
. l'ignorance du but que les acteurs dans les grands événements avaient en vue.
. la facilité de l'esprit humain à croire qu'il tient la vérité.
. l'ignorance des rapports qui existent entre les événements et les circonstances qui les accompagnent.
. le penchant des hommes à gagner la faveur des personnages illustres et élevés en dignité.
. l'ignorance. de la nature des choses qui naissent de la civilisation.
 
Ibn Khaldûn nous relate deux contes alchimiques de Masoudi. 

Le coffre de verre d'Alexandre :
"Alexandre, voyant que les monstres marins l'empêchaient de fonder la ville d'Alexandrie, fit fabriquer un coffre de bois,
qui renfermait une caisse de verre. S'étant mis dans cette caisse, il descendit au fond de la mer ; en sorte qu'il put dessiner les figures des monstres diaboliques qui s'offraient à sa vue, et en reproduire les formes avec certains
métaux. Il plaça ces images devant les édifices qu'il avait commencés, et,lorsque les monstres sortirent de leur retraite et virent les images, ils prirent la fuite et laissèrent achever les constructions."

la Ville de cuivre (Medînet en-Nahhas) :
"Selon lui, elle est construite entièrement de cuivre et occupe un emplacement dans le désert de Sidjilmessa. Mouça Ibn Noceïr arriva devant elle par hasard, lors de son expédition dans le Maghreb. Les portes en étaient fermées, et tous les hommes qui osaient escalader les murs ne furent pas plutôt arrivés sur le haut du rempart qu'ils battirent des mains, se précipitèrent dans l'intérieur de la ville et ne reparurent plus."


La clé est bien sûr entre les lignes : "ces derniers, dans leurs écrits, ne font que déceler leur ignorance du secret que tout historiographe doit connaître."

Que celui qui a l'intelligence comprenne...

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