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Outil de désensibilisation à l'usage des petits apprentis crétins. "Nocif"

Publié le par Nocif

Un extrait de jus de: "l'homme subjugé" de Esther Villar.

La source :

http://membres.lycos.fr/snaud/favorite.htm

Citation:
La MG jaune citron dérape. La jeune femme au volant l’arrête non sans impudence, descend et découvre que le pneu avant gauche est à plat. Sans perdre un instant, elle prend les mesures nécessaires pour réparer, elle ne lâche plus du regard chaque voiture qui s’approche comme si elle attendait quelqu’un. A ce signal international standardisé (faible-femme-victime-de-la-technique-masculine), une voiture presque aussitôt stoppe. Le conducteur, qui a compris, console déjà : « On va vous arranger ça tout de suite », et pour confirmer qu’il est résolu à tout, demande à la jeune femme son cric. Il ne lui demande pas si elle peut elle-même changer sa roue : elle a la trentaine, elle est vêtue à la dernière mode, bien fardée ; il sait bien qu’elle ne le peut pas. Comme elle ne trouve pas l’outil, il va chercher le sien, et il apporte du coup tous ses autres. En cinq minutes il a réglé l’affaire et arrimé la roue accidentée à la place prévue. Ses mains sont couvertes d’huile. Elle lui propose son mouchoir brodé, mais il refuse poliment il a toujours un vieux chiffon dans la boîte à outils pour des cas semblables. Elle le remercie avec effusion, s’excuse de sa gaucherie «typiquement féminine» sans lui, elle serait encore ici à la nuit tombante. Il ne répond rien, mais referme galamment la portière sur elle et se penche au-dessus de la vitre à demi-baissée pour un dernier conseil : faire réparer très vite le pneu endommagé. Elle l’assure qu’elle avisera le jour même son pompiste habituel. Et elle démarre.

Après avoir rangé ses outils et être revenu seul à sa voiture, l’homme commence à regretter de ne pouvoir se laver les mains. Et ses souliers, qui ont souffert de la glaise humide qu’il a piétiné pour changer la roue, ne sont plus aussi propres que l’exige sa profession - il est représentant. Et s’il veut arriver à temps chez son prochain client, il va falloir qu’il se presse. « Ah ! ces femmes », pense-t-il en mettant le contact, «toutes aussi faibles les unes que les autres ! » Sérieusement, il se demande ce qu’elle serait devenue s’il ne s’était pas arrêté. Pour rattraper son retard, il roule vite, imprudemment même, ce qui n’est pas dans ses habitudes. Quelques instants plus tard, il commence à fredonner d’une manière ou d’une autre, il est heureux.

La plupart des hommes se sont trouvés au moins une fois dans une situation semblable, de même que la plupart des femmes. C’est que, dès que l’occasion s’en présente, la femme, sans hésiter, laisse l’homme travailler pour elle, simplement parce qu’il est homme et elle quelque chose de différent : une femme. Celle dont nous avons fait la connaissance n’aurait pas bougé : elle aurait attendu l’aide d’un homme parce qu’on lui a enseigné que dans le cas d’une panne d’auto, on s’adresse à un homme pour qu’il fasse la réparation, et rien de plus. L’homme au contraire a rendu service, d’une façon efficace, gratuitement, à quelqu’un qui lui est totalement étranger. Il a sali ses vêtements, compromis la conclusion d’une affaire et il risque maintenant un accident en conduisant trop vite. En plus du changement de roue, il aurait procédé volontiers à une douzaine d’autres réparations, tout cela parce qu’à lui aussi, on le lui a appris. Et pourquoi une femme s’occuperait-elle de sa voiture quand les hommes, la moitié de l’humanité, peuvent si bien le faire et sont prêts à mettre tout leur savoir à sa disposition ?

Les femmes laissent les hommes travailler pour elles, penser pour elles, assumer les responsabilités qui leur incombent. Les femmes exploitent les hommes. Or, ils sont forts, intelligents, pleins d’imagination ; elles sont faibles, sottes et ne brillent pas par l’imagination. Comment se fait-il que les femmes exploitent les hommes, et non l’inverse ?

La force, l’intelligence, l’imagination seraient-elles les conditions nécessaires de la servitude, et non de la puissance ? Le monde, loin d’être gouverné par ceux qui ont des capacités, le serait-il par celles qui ne sont bonnes qu’à cela ? Et s’il en est ainsi, comment font-elles pour que les hommes ne se sentent pas trompés, mais croient au contraire être ce qu’ils sont le moins au monde : les maîtres ? Comment leur instillent-elles ce bonheur qu’ils ressentent à travailler pour elles, cette fièvre d’orgueil et de supériorité qui les incite à entreprendre des tâches toujours plus considérables ?

Pourquoi ne démasque-t-on pas la femme ?

Chercher un autre métier ? Jamais la femme qui l’exploite ne le lui permettra vraiment. Peut-être, aiguillonné par elle, grimpera-t-il, après une série de conflits meurtriers, au sommet de la hiérarchie de son servage, peut-être deviendra-t-il fondé de pouvoir, directeur de banque ? Mais à quel prix ?

Non, on conçoit mal que les hommes acceptent de faire ce qu’ils font sans avoir le désir d’en changer. Ils s’y prêtent parce qu’on les a dressés à le faire, parce qu’on les a domestiqués. Leur existence entière n’est que la misérable séquelle d’un dressage. L’homme qui ne sait plus exécuter son numéro, qui gagne moins d’argent, cet homme-là culbute et perd tout : sa femme, sa famille, son foyer, le sens de sa vie - son dernier refuge.

On pourrait dire, évidemment, que l’homme qui ne gagne plus assez d’argent redevient automatiquement libre et qu’il devrait s’en féliciter. Mais l’homme ne souhaite pas la liberté. Comme nous le verrons plus tard, il fonctionne d’après un modèle imposé, celui de l’angoisse de la liberté. Être libre à perpétuité lui serait plus atroce qu’esclave à vie.

Soit dit en d’autres mots l’homme recherche sans cesse un maître, quelqu’un ou quelque chose, parce qu’il ne se sent pas en sécurité dès qu’il n’est plus asservi. Or, son choix tombe le plus souvent sur la femme. Mais qu’est-elle donc pour que ce soit précisément à elle qu’il doive la dégradation de sa vie, pour qu’il se laisse exploiter et asservir d’après les règles de l’art, pour que ce soit justement elle qui lui donne ce sentiment de sécurité ?

En Suisse, l’un des pays les plus évolués du monde et où les femmes n’ont bénéficié du droit de vote qu’à une époque récente, un canton a voulu les laisser décider elles-mêmes de l’opportunité de cette mesure : la majorité d’entre elles ont refusé ce droit de vote. Les hommes, consternés, ont cru voir dans ce comportement indigne la conséquence de leur tutelle séculaire.

Comme ils se trompent ! La femme n’a pas du tout l’impression d’être sous tutelle. L’une des nombreuses vérités déprimantes concernant les rapports entre les deux sexes est que, dans l’univers de la femme, l’homme n’existe pratiquement pas. Il n’y occupe pas la place nécessaire pour qu’elle se révolte contre lui. La dépendance de la femme à son égard est purement matérielle, d’un type purement «physique». C’est celle du touriste par rapport à sa compagnie d’aviation, du cafetier qui recourt à son percolateur, de l’auto qui ne marche pas sans essence, du téléviseur qui a besoin du courant. Ce type de dépendance n’engendre guère d’angoisse spirituelle.

Quoi que fassent les hommes pour en imposer aux femmes, dans le monde des femmes, ils ne comptent point. Dans le monde des femmes, seules comptent les autres femmes.

Lorsqu’une d’elles remarque qu’un homme dans la rue se retourne sur elle, naturellement, elle s’en réjouit. Si l’homme est habillé de façon coûteuse ou roule dans une voiture de sport grand luxe, sa joie est d’autant plus grande, joie comparable à celle d’un porteur d’actions qui lit un rapport de bourse favorable. Pour la femme, que l’homme soit bien physiquement ou non, sympathique ou non, intelligent ou non, ne joue absolument aucun rôle. L’actionnaire lui non plus ne se préoccupe pas de la couleur de l’encre dont on imprime son coupon.

Mais qu’au contraire une femme s’aperçoive qu’une autre se retourne sur elle - ce qui en réalité n’arrive que dans des cas extrêmement rares, car elles emploient pour se juger réciproquement des étalons de mesure bien plus impitoyables que ceux des hommes - alors, elle a atteint son objectif le plus élevé. C’est pour cela qu’elle vit, pour être reconnue, admirée, «aimée », par les autres femmes.

Car dans l’univers féminin, seules existent les autres femmes ; les femmes qu’elles fréquentent en allant à l’église, dans les soirées familiales ou au supermarché ; les femmes avec lesquelles elles s’entretiennent au-dessus de la haie de leur jardinet ; les femmes qu’elles ont l’air d’ignorer dans le tumulte des rues élégantes du grand commerce ou dans les manifestations et soirées mondaines. C’est avec ce que contient leur petit crâne, et non celui des hommes, qu’elles se jaugent mutuellement, c’est leur jugement qui compte, et pour un simple compliment de la bouche d’une autre femme, elles renoncent volontiers à toutes les louanges maladroites, toujours entachées d’un peu de dilettantisme, d’un soupirant. Car les hommes ne savent pas dans quel monde elles vivent réellement ; si bien que, dans leurs hymnes de louanges, ils omettent sans cesse les points importants.

Les femmes ne veulent-elles pas plaire aux hommes ? Mais si, puisqu’ils garantissent leur vie

En d’autres mots, une femme cherche à impressionner un homme seulement dans la mesure nécessaire pour qu’il reste avec elle et, au sens le plus étendu du mot, l’alimente. Tous ses autres investissements ont pour but exclusif la femme. En dehors de cette fonction alimentaire, elle n’accorde à l’homme aucune valeur.

Lorsqu’un entrepreneur recherche d’urgence de la main-d’œuvre, il tente de l’appâter par tous les moyens jusqu’au moment où elle cède : il sait qu’une fois le contrat signé, il se rattrapera vite à ses dépens puisque c’est lui qui tient la queue de la poêle. Il en est de même avec les femmes, elles ne lâchent à leur mari que la longueur de laisse qui l’incite à rester près d’elle plutôt que d’annuler le contrat.

On peut parfaitement comparer la femme à une entreprise, système neutre programmé pour réaliser le maximum de gain : la femme se lie sans amour, sans méchanceté ni haine personnelle, à l’homme qui travaille pour elle. S’il l’abandonne, l’angoisse naturellement la saisit, car son existence économique est en jeu. Sous cette angoisse aux causes rationnelles ne s’ouvre aucun abîme infini, et sa compensation est elle aussi d’ordre logique : par exemple, il suffit de prendre un autre homme sous contrat. Cette angoisse n’a rien à voir avec les sentiments d’un mari ou d’un amant qui, dans la même situation, est torturé par la jalousie et souffre, en proie au complexe d’infériorité

Lorsqu’un homme quitte une femme, c’est toujours pour une autre et jamais pour être libre. Elle n’a donc aucune raison de l’envier ou de le jalouser du point de vue féminin, la situation de l’homme ne s’est pas améliorée. Cette aventure existentielle, ce nouvel amour qui l’entraîne vers une autre, la femme abandonnée le considère à la manière du petit patron qui, perdant son meilleur employé au profit d’un concurrent, passe par les affres de devoir dénicher un remplaçant. Pour elle, un chagrin d’amour n’est, dans le meilleur cas, que le sentiment de voir une belle affaire s’évanouir en fumée.

Aussi un homme fait-il une fois de plus preuve d’absurdité quand il admire la fidélité de sa femme parce qu’elle ne le trompe pas avec des hommes qu’il trouve beaucoup plus attirants que lui. Pourquoi le ferait-elle tant qu’il travaille bien et qu’il lui procure ainsi les joies qui lui importent vraiment ? La fidélité d’une femme n’a fondamentalement rien de commun avec celle de l’homme contrairement à lui, elle demeure pour ainsi dire indifférente à l’aspect extérieur de son compagnon. Lorsqu’elle flirte avec le meilleur ami de la maison, elle ne pense pas à son mari, mais à contrarier la femme de l’ami ; car elle ne s’intéresse qu’aux sentiments des femmes (s’il s’agissait vraiment de l’homme, elle ne jouerait pas aussi ouvertement cette comédie).

Dès que les femmes peuvent subvenir à leurs besoins matériels, on constate qu’elles préfèrent la société des autres femmes à celle des hommes. Ce n’est pas qu’elles soient toutes lesbiennes. Cette tendance n’a probablement rien à voir avec le désir sexuel. La vérité est que les deux sexes n’ont pour ainsi dire aucun intérêt semblable. Que rechercheraient donc les femmes chez les hommes, si ce n’est leur argent ? Entre elles, elles ont au contraires des quantités de choses à se dire, car leur intelligence et leur vie sentimentale se sont cristallisées à un niveau primitif, universel, si bien qu’il n’y a guère de femme individualiste ou qui recherche la solitude. On imagine très bien la vie excitante qu’elles mèneraient ensemble si elles étaient seules, une vie paradisiaque peut-être, malgré un niveau de bassesse effroyable. Mais cette bassesse, qui gênerait-elle ?

Lorsqu’une femme a le choix entre deux hommes, l’un âgé et l’autre jeune, dont le revenu est le même, elle choisit certes le plus jeune, non parce que sa jeunesse lui inspire un sentiment esthétique ou de la sympathie, mais uniquement parce qu’il pourra subvenir plus longtemps à ses besoins. Les femmes savent très bien ce qu’elles attendent d’un homme, aussi prennent-elles parfaitement leur décision : on n’en a probablement jamais vu préférer pour mari un pauvre diable de vingt ans à un quadragénaire fortuné.

L’homme est un être pensant (il tire les conséquences des phénomènes qu’il constate).

L’homme est un être créateur (à partir des connaissances dont il dispose, il invente du nouveau).

L’homme est un être sensible. (Sur une échelle de sensations d’une ampleur, d’une pluridimensionalité extraordinaires, l’homme non seulement enregistre les impressions les plus diverses et les plus délicates, mais il découvre et crée de nouvelles valeurs sentimentales que ses descriptions rendent accessibles à tous, ou qu’il reproduit de façon artistique dans les exemples qu’il imagine.)

De toutes ces qualités, la curiosité est certainement la plus marquée, curiosité si différente de celle de la femme qu’il est indispensable de s’y arrêter.

La femme s’intéresse principalement aux choses dont elle peut immédiatement tirer profit. Si par exemple elle lit dans un journal un article politique, c’est plus vraisemblablement pour jouer son rôle de Circé près d’un étudiant des Sciences politiques que pour s’occuper des Chinois, des Israéliens ou des Africains du Sud. Si elle cherche dans le dictionnaire le nom d’un philosophe grec, cela ne signifie pas qu’elle éprouve un amour subit pour la philosophie, mais que ce nom lui manque pour résoudre un problème de mots croisés. La voyez-vous étudier le catalogue d’une marque d’automobiles, ce n’est jamais par passion pour les progrès de la technique elle veut une voiture, simplement.

La curiosité de l’homme est d’un tout autre genre elle se suffit à elle-même, elle n’a pas besoin d’être immédiatement utile, tout en étant bien plus profitable que celle de la femme.

Il suffit pour s’en rendre compte de se trouver une fois sur un chantier où l’on va utiliser un nouvel outil, disons une nouvelle excavatrice. Il n’est guère de passant homme, quelle que soit sa classe sociale, qui n’accorde pas au moins un long regard intéressé à l’engin. Et beaucoup s’arrêtent, contemplent, discutent des qualités de cette machine inconnue, de son rendement, des avantages qu’elle offre par rapport à celles qui l’ont précédée.

Jamais il ne viendra à l’idée d’une femme de s’arrêter dans un cas semblable, à moins que l’attroupement soit tel qu’elle imagine l’événement sensationnel (« Ouvrier réduit en bouillie par un bulldozer ») qu’il ne faut surtout pas manquer. Mais dès qu’elle sait de quoi il s’agit, elle tourne les talons.

La curiosité de l’homme est universelle. Tout en principe l’intéresse, politique, botanique, technique atomique, Dieu sait quoi encore. Il se penche même sur des choses qui ne sont pas de son ressort, la conservation des fruits, la préparation d’une pâte à pâtisserie, les soins des nourrissons. Un homme ne pourrait jamais porter en lui un bébé pendant neuf mois sans se renseigner complètement sur la fonction du placenta ou de ses ovaires.

L’homme ne se contente pas d’observer ce qui se passe autour de lui (et dans le monde), il l’interprète. Comme il tente de s’informer de tout, il lui devient facile de tout comparer, d’en déduire des principes qu’il utilise toujours dans le même but créer quelque chose d’autre, c’est-à-dire du nouveau.

Faut-il insister sur le fait que toutes les découvertes, toutes les inventions de ce monde ont été faites par des hommes, que ce soit dans les domaines de l’électricité, de l’aérodynamique, de la gynécologie, de la cybernétique, de la mécanique, de la physique des quanta, de l’hydraulique et de l’hérédité. Il en est de même des principes de la psychologie enfantine, de l’alimentation des nourrissons ou des conserves alimentaires. Il n’est pas jusqu’à l’évolution de la mode féminine, ou des banalités comme l’ordonnance des repas et les nuances de goût, qui ne soient traditionnellement du domaine de l’industrie masculine.

Et pourtant, l’homme qui réunit en lui toutes les conditions préalables pour jouir d’une vie riche, libre, digue d’un être humain, ~ renonce pour mener au contraire l’existence d’un esclave. Toutes ses facultés merveilleuses, il les met au service d’êtres qui en sont totalement démunis, au service de 1’«humanité», comme il dit, c’est-à-dire de la femme et des enfants de la femme. (Oui c'est bien vrai, car qui garde les enfants lors d'un divorce? On voit bien que dans les faits, il est obligé de prendre soin des enfants qui ne lui appartiennent pas du tout, mais qui appartiennent à la femmes presque exclusivement. (Mon commentaire)

Un homme jeune qui fonde une famille et sacrifie ensuite le reste de sa vie, plongé dans des activités abrutissantes, à nourrir sa femme et ses enfants, est - à ce qu’on affirme - un homme honorable. L’homme qui ne se lie pas, n’élève pas d’enfant, vit ici et là, fait tantôt ceci, tantôt cela, pour se nourrir lui et lui seul et parce que ça l’intéresse, et qui, lorsqu’il rencontre une femme, se comporte envers elle en être libre et non en esclave, est, d’après notre société, méprisable et à rejeter.

Rien n’est plus déprimant que de voir à quel point les hommes, jour après jour, trahissent tout ce pour quoi ils sont nés ; au lieu d’employer leur intelligence, leur force et leur merveilleuse énergie découvrir des mondes dont nul n’ose encore rêver, à explorer des sentiments dont nous ne soupçonnons pas encore la présence, alors qu’ils pourraient remplir leur vie d’une richesse infinie qui la rendrait enfin digne d’être vécue (cette vie qui n’est qu’à eux et que les femmes ne comprennent pas), n’est-il pas atroce de les voir renoncer à toutes ces possibilités extraordinaires pour s’obliger, de corps et d’esprit, à suivre l’ornière des besoins primitifs, répugnants, de la femme ?

Alors qu’il tient haut dans sa main la clef de toutes les énigmes de l’univers, l’homme s’abaisse de son plein gré au niveau de la femme pour accorder son jugement au sien. Il met au service de la conservation et de l’amélioration de ce qui est déjà, un esprit, une force et une imagination destinés à réaliser tout ce qui devrait être. Et quand il lui arrive de découvrir ce qui n’existe pas encore, il lui faut invoquer l’alibi que «toute l’humanité» (il veut dire la femme) en tirera tôt ou tard profit. Il s’excuse donc de ses prouesses, s’excuse de conquérir l’espace et de s’envoler jusqu’à la Lune au lieu de procurer un peu plus de confort physique à la femme et à ses enfants. Lors d’une nouvelle découverte, son effort le plus pénible est toujours de la traduire en langage féminin, par exemple dans le caquet infantile ou les chuchotements d’amour sirupeux des réclames télévisées, pour convaincre doucement la femme qu’elle peut se servir en toute tranquillité de la nouvelle acquisition.

Nous avons tellement pris l’habitude de voir les hommes faire tout ce qu’ils font par rapport à la femme que nous ne pensons pas qu’il puisse en être autrement. Par exemple, les compositeurs pourraient composer autre chose que des chansons d’amour (d’asservissement) ; les écrivains, s’intéresser non plus aux romans et aux poésies d’amour (d’asservissement), mais à l’art. Que se passerait-il si les peintres cessaient enfin de nous offrir leurs éternels nus et profils féminins, inutiles et conventionnels, pour nous présenter quelque chose de nouveau que nous n'aurions encore jamais vu ?

Il pourrait arriver qu’un jour les savants ne dédient plus leurs travaux scientifiques à leur épouse (elles n’y ont jamais, jamais, jamais rien compris), que les cinéastes ne surchargent plus leur idée de film de corps féminins aux seins surabondants, que les journaux ne s’excusent plus de nous rendre compte d’une exploration spatiale en recourant à des photos grand format de femmes aux cheveux oxygénés, les épouses des astronautes, et que les astronautes eux-mêmes, une fois dans l’espace, se fassent jouer autre chose en provenance de la Terre que des rengaines d’amour (d’asservissement).

Nous n’avons pas la moindre idée de ce que serait un monde dans lequel les hommes emploieraient à résoudre leurs vrais problèmes l’imagination qu’ils gaspillent à inventer des cocottes rapides encore plus rapides, des détergents lavant encore plus blanc, des tapis de velours aux couleurs encore plus garanties bon teint et des rouges à lèvres qui déteignent un peu moins que les autres. Un monde où, au lieu d’élever des enfants qui eux-mêmes en élèveront d’autres et de repousser ainsi sans cesse dans l’avenir le moment de vivre, ils vivraient eux-mêmes. Un monde, où au lieu de toujours recommencer à explorer la «psyché énigmatique» de la femme (elle ne leur semble telle que parce qu’il n’y a en elle aucune énigme à résoudre), ils s’intéresseraient à leur psyché ou à celle des créatures éventuelles vivant sur d’autres planètes, avec lesquelles ils trouveraient le moyen de communiquer. Un monde où, au lieu de fabriquer des armes qui n’ont d’autre but que de protéger la propriété individuelle, laquelle n’a d’utilité que pour les femmes, les hommes construiraient des vaisseaux spatiaux interstellaires, de plus en plus efficaces, grâce auxquels ils voleraient vers d’autres mondes à la vitesse de la lumière, pour en revenir avec des choses auxquelles nous ne nous permettons même pas de rêver.

Hélas, les hommes, capables de tout concevoir et de tout vouloir, tiennent pour tabou la totalité de ce qui concerne la femme. Le plus terrible est que ces tabous sont si efficaces que personne ne les remarque plus. Sans s’en apercevoir, les hommes mènent les guerres des femmes, élèvent les enfants des femmes, bâtissent des villes pour les femmes. Et ces femmes deviennent sans cesse plus paresseuses, plus bêtes, plus exigeantes au point de vue matériel. E t toujours plus riches ! Grâce à un système primitif mais efficace d’exploitation directe - mariage, divorce, héritage, pension de veuve, assurance vieillesse et décès - elles s’enrichissent de plus en plus. Aux États-Unis, où le pourcentage de celles qui travaillent n’a fait que diminuer depuis des dizaines d’années, elles possèdent déjà, tout le monde le sait, plus de la moitié de la fortune privée du pays. Et il ne doit pas en être autrement dans les régions les plus avancées d’Europe. En plus de la puissance psychologique qu’elle exerce sur l’homme, la femme disposera bientôt du pouvoir matériel absolu.

L’homme, aveugle volontaire, continue à rechercher son bonheur dans l’asservissement. Cette servitude aurait quelque justification d’ordre poétique si la femme était vraiment ce qu’il la croit être, un être tendre, charmant, une fée bienfaisante, un ange venu d’un monde meilleur, trop bonne pour lui et pour notre terre.

Comment est-il possible que les hommes, qui dans tous les autres domaines veulent tout savoir, se bouchent les yeux pour ignorer précisément ce simple fait ? Comment ne remarquent-ils pas qu’en dehors d’un vagin, de deux seins, et d’une paire de cartes perforées qui débitent toujours la même série d’insanités stéréotypées, il n’y a rien, absolument rien, dans une femme ; qu’elle ne se compose que de matière, qu’elle n’est, sous de la peau humaine, qu’un rembourrage qui se donne pour un être pensant ?

Si les hommes, une fois seulement, s’arrêtaient de produire aveuglément pour réfléchir, ils démasqueraient en un tour de main les femmes avec leurs colliers au cou, leurs petites blouses gaufrées et leurs sandalettes dorées, et il leur suffirait de se servir de l’intelligence, de l’imagination et de l’esprit de suite qui sont les leurs pour réaliser en quelques jours l’instrument, la machine humanoïde, qui remplacerait avantageusement un être qui manque à jamais de toute originalité extérieure et intérieure.

Mais pourquoi les hommes craignent-ils donc tellement la vérité ?

Naturellement, le nourrisson féminin lui aussi est soumis à ces méthodes de dressage. Au cours des premières années de leur vie, la femme ne fait guère de différence entre ses enfants, qu’ils soient d’un sexe ou de l’autre. Mais le dressage de la petite fille cesse dès qu’elle connaît les règles de l’hygiène ; dès lors, les voies se séparent, et plus on avancera dans leur éducation, plus la fille sera élevée pour exploiter, comme le garçon pour être l’objet de l’exploitation.

Les jeux enfantins constituent des moyens importants de différenciation. En favorisant d’abord le penchant qu’ont ses enfants pour le jeu, puis en l’utilisant, la femme, comme par hasard, les dirige dans la direction voulue. Elle offre à la petite fille des poupées et des accessoires de poupée landaus, berceaux, dînette ; et au jeune garçon tout ce qui ne convient pas à sa sœur : jeux de construction, modèles de chemins de fer électriques, voitures de course, avions. Dès qu’elle est bébé, l’enfant-femme a tout de suite l’occasion de s’identifier à sa mère et d’apprendre à jouer le même rôle elle transfère sur ses poupées le même système de dressage, les loue et les blâme comme elle est elle-même louée et blâmée, apprend en jouant les règles qui s’appliquent à la manipulation de l’être humain. Et du fait qu’elle n’obtient de louanges qu’en s’identifiant au rôle de la femme, elle ne souhaitera plus tard rien d’autre que d’être «féminine». Pour elle, l’instance supérieure est évidemment la femme, seule capable de décerner l’éloge puisqu’elle seule peut dire si la fillette joue bien le rôle qui lui est dévolu. Et il n’est pas question de l’homme en tant que laudateur (personne qui fait des louanges), car on lui enseigne dès le début que le rôle de femme n’a qu’une valeur médiocre.

On applaudit en effet à tout ce qu’il fait, sauf quand il joue avec des représentations miniaturisées d’êtres humains. Il construit des modèles d’écluses, de ponts, de canaux, démonte par curiosité les autos qui sont ses jouets, tire des coups de feu avec ses imitations d’armes ; bref il apprend tout qu’il devra faire plus tard pour entretenir la femme. Quand il est à l’âge d’entrer à l’école, il connaît déjà, de par sa propre expérience, les principes de base de la mécanique, de la biologie, de la technique électrique, il peut construire une cabane de planches et se défendre en jouant à la guerre. Plus il montre d’initiative, plus il est certain d’être loué. La femme est intéressée à ce qu’il sache très vite bien plus de choses qu’elle, qui se maintiendrait avec difficulté en vie dans un monde dépourvu d’hommes. Il faut qu’il devienne totalement indépendant pour tout ce qui est travail. Aux yeux de la femme, c’est vraiment une machine que l’homme, mais une machine peu ordinaire qui a besoin d’être servie avec compétence ou tout au moins, bien programmée.



Petit lexique à l’usage des hommes

Cette auto dépréciation permanente en présence de l’homme a pour conséquence que la femme emploie avec lui un langage secret, compréhensible entre femmes, mais auquel il n’a pas accès car il s’en tient à la lettre des mots. Il aurait avantage à s’en procurer le code et à se composer une sorte de lexique qu’il pourrait consulter, chaque fois qu’il entend une de ces phrases consacrées, pour mettre le texte au clair. En voici quelques exemples (en regard de l’original figure la traduction en langage masculin) :

Code : Texte mis au clair

Un homme doit pouvoir me protéger:

Un homme doit pouvoir me protéger de tous les désagréments (de quoi d’autre pourrait-il la protéger? Des voleurs? De la guerre nucléaire?).

Je veux me sentir en sécurité près d’un homme : Il faut qu’il me débarrasse de tout souci d’argent.

J’ai besoin d’admirer un homme : Pour que je jette seulement les yeux sur lui, il doit être plus intelligent que moi, plus conscient de ses responsabilités, plus fort, plus travailleur. Autrement, que ferais-je de lui ?

je renoncerai à mon travail : Dès que mon mari l’exigera, Dès qu’il aura assez d’argent, je resterai chez moi.

Je ne désire qu’une chose le rendre heureux : Je ferai tout mon possible pour qu’il ne découvre jamais à quel point je l’exploite.

Je lui épargnerai tous les petits soucis... pour qu’il ne s’arrête jamais de travailler.

Je ne vivrai que pour ma famille : Je ne travaillerai jamais plus de ma vie. Il n’a qu’à faire un peu plus d’efforts...

Je l’aime : C’est une machine à travail de tout premier ordre.

etc.

Ces phrases, les femmes les prononcent seulement quand elles s’adressent directement a leur mari ou quand il est à portée de voix. Entre elles, dès qu’il leur arrive de parler des hommes, ce qui est rare, elles s’expriment tout à fait normalement comme si elles échangeaient des indications très précises sur le mode d’emploi d’un appareil ménager dont l’utilité, d’ailleurs, n’est mise en doute par aucune d’elles.

Dans une phrase comme : « Je ne peux plus porter ce manteau ou ce chapeau, mon ami ne peut pas le sentir », la mention qui est faite de l’ami n’implique aucune valeur sentimentale (tout au plus celle que la femme attache à son chapeau ou à son manteau). Le ton qu’elle emploie signifie quelque chose comme : « Il faut quand même que je lui fasse ce plaisir, lui qui autrement fait tout ce que je veux. »

Lorsqu’elles étudient entre elles les conditions qui les feront pencher pour tel ou tel homme, il n’est jamais question de leur infériorité par rapport à lui ou qu’il doive les protéger (une telle sottise déclenchera un éclat de rire général), ou encore de l’admiration qu’il devra susciter chez elles. Elles évoqueront peut-être le genre de profession qu’elles préféreraient (pour lui). Par «profession», elles entendent l’importance du traitement, de la retraite de la pension de veuve, comme de celle des primes d’assurance qu’il sera capable de payer régulièrement. A moins qu’elles ne déclarent : «Mon mari devra avoir quelques années et une demi-tête au moins de plus que moi, plus d’intelligence également. » Et en effet, il semblera moins étonnant plus naturel que l’individu plus âgé, plus intelligent et plus fort, nourrisse le plus jeune, le plus petit et le plus faible.

On pourrait objecter que si les femmes refusent d’avoir une vie professionnelle et se décident en faveur des enfants, c’est parce qu’elles les aiment. Disons tout de suite qu’une femme est incapable d’un sentiment aussi puissant que celui d’un amour unique et sans mélange. La preuve en est que la grande majorité ne se soucie que de leurs enfants et jamais de ceux des autres. Elles n’acceptent celui qui n’est pas d’elles que lorsque, pour des raisons médicales, elles ne peuvent en avoir, et seulement quand elles ont tout essayé, y compris de plus en plus souvent la fécondation artificielle par le sperme d’un homme autre que leur mari. Bien que les crèches du monde soient pleines d’enfants ravissants qui ont besoin d’être secourus, bien que la télévision et la presse évoquent presque quotidiennement les petits Africains, Indiens et Américains du Sud morts de faim, les femmes, qui prétendent aimer les enfants, préfèrent recueillir chez elles un chien ou un matou errants qu’un gosse abandonné. Et c’est en vain que la presse les prévient qu’elles doivent être prudentes, qu’un enfant sur soixante naît handicapé (hydrocéphale, aveugle, sourd, faible d’esprit, avec des membres manquants ou atrophiés) ; sans se laisser impressionner le moins du monde, comme condamnées par un enchantement funeste, elles continuent à enfanter. Quand l’une d’elles met au monde l’un de ces êtres difformes, son égoïsme ne lui saute pas aux yeux, elle ne reconnaît pas sa responsabilité. Dans notre société, on la considère comme une martyre, on lui témoigne le plus grand respect, et si elle n’a pas encore d’autres enfants, elle se dépêche d’en fabriquer un qui soit «normal», semblable à ceux des autres femmes, pour prouver qu’elle est saine, obligeant souvent cet enfant à supporter la charge, pendant toute son enfance et toute sa vie, d’un frère ou d’une soeur faible d’esprit.

Une chose leur est commune elles ignorent totalement l’homme, alors que les revues masculines ont au contraire la femme pour thème principal. Quand elles le citent, c’est presque toujours par rapport à ses préférences supposées en matière de femme, de décor du foyer ou de nourriture «Vous porterez cet été de la lingerie couleur chair, les hommes aiment... 0u encore : « Un maquillage naturel pour votre premier rendez-vous avec Lui » ou bien : « N’oubliez pas d’être romanesque, allumez une bougie » à moins que ce soit «Trois bonnes recettes qui susciteront son amour…»Remarquons qu’une connaissance aussi détaillée des besoins masculins n’a qu’un but: appâter plus facilement ou enchaîner plus longtemps un homme quel qu’il soit: les lectrices de ces gazettes sont ou disponibles et par conséquent à la recherche de main-d’oeuvre, ou mariées et braquées sur la nécessité de garder celle qu’elles possèdent déjà. Finalement, il s’agit là de modes d’emploi, et rien de plus, du robot le plus sûr et le plus efficace du monde, car c’est ainsi qu’elles considèrent les hommes. Elles ne s’en cachent même pas, comme le prouvent souvent les titres des articles : « Ferrez-le bien, et pour toute la vie ».

Les nombreuses femmes qui travaillent, secrétaires, ouvrières, vendeuses, hôtesses et serveuses, qu’on rencontre partout, les jeunes filles sportives qui peuplent en nombre toujours plus élevé les universités et les grandes écoles, pourraient faire croire que la femme a changé du tout au tout au cours des vingt dernières années. On pourrait en déduire que la jeune fille moderne, plus loyale que sa mère ou peut-être prise d’une grande pitié pour sa victime, a décidé de ne plus exploiter l’homme mais de devenir son associée.

Cette impression est trompeuse. Il n’est qu’un acte unique important dans la vie d’une femme

choisir l’homme qui lui convient. Il lui est permis de se tromper sur tout le reste, mais jamais sur ce

point. Aussi s’arrange-t-elle pour faire ce choix là où elle peut juger le mieux ces qualités viriles dont tout dépend : là où l’homme étudie et là où il travaille. Bureaux, usines, facultés, universités, ne sont pour elle qu’une gigantesque foire au mariage.

Le milieu qu’elle choisit en fait pour appâter son futur esclave dépend surtout du revenu de l’homme qu’elle a déjà asservi son père. Les filles des hommes aux revenus élevés cherchent leur mari de préférence dans les grandes écoles et les universités qui leur offrent le plus de chances de dénicher l’oiseau qui gagnera au moins autant. Enfin, des études pro forma et provisoires sont plus commodes qu’une occupation professionnelle. Les jeunes filles d’un foyer plus modeste s’engagent, toujours provisoirement et avec le même objectif, dans une usine, un magasin, un bureau ou un hôpital. Ces deux formes d’engagement temporaire durent jusqu’au mariage, jusqu’à la grossesse dans les cas difficiles, et elles présentent un grand avantage : chacune des femmes qui épouse aujourd’hui «le garçon de son choix » abandonne pour lui un emploi ou des études. «Sacrifice» oblige !

L’emploi et les études féminines faussent non seulement les statistiques, mais servent à asservir l’homme de façon encore plus désespérante, car pour l’homme et pour la femme, carrière et formation sont deux choses totalement différentes.

La carrière de l’homme est pour lui une question de vie ou de mort. Ses années de jeunesse sont justement les plus décisives pour son avenir l’homme qui, à vingt-cinq ans, n’a pas encore pris le chemin des hauteurs est considéré comme un cas sans espoir. C’est le moment où il déploie toutes ses facultés dans une véritable lutte au couteau avec ses concurrents. Sous le masque d’une confraternité généreuse, il ne cesse d’être aux aguets. Il enregistre anxieusement chaque indice de supériorité chez autrui, chaque signe de faiblesse aussi pour en tirer immédiatement avantage. Et pendant ce temps-là, il n’est toujours que le tout petit rouage d’un gigantesque mécanisme économique qui l’exploite d’après toutes les règles de l’art : s’il maltraite un subordonné, il se blesse surtout lui-même, car les ordres qu’il donne ne sont que ceux, venus d’en haut, qu’ils transmet. L’éloge éventuel de ses supérieurs n’a jamais pour but de lui causer de la joie, mais de le stimuler davantage encore. On l’a dressé à être fier, à être homme d’honneur, or chaque journée de sa vie professionnelle n’est qu’un enchaînement sans fin d’humiliations : il doit s’enthousiasmer pour des articles de série qui ne l’intéressent aucunement, rire de plaisanteries de mauvais goût, défendre des opinions qui ne sont pas les siennes. Et surtout il ne doit pas oublier une seconde que la plus petite négligence peut signifier un recul comme un simple mot mal à propos la fin de sa carrière.

La femme ignore donc ce que c’est de lutter. Lorsqu’elle interrompt ses études pour épouser un maître de conférences à la faculté, elle atteint sans faire d’effort le même niveau social que lui. Épouse d’un patron d’usine, on la traitera encore avec plus d’honneur alors que cette même usine ne pourrait l’employer, dans le meilleur des cas, que comme ouvrière à la chaîne. Femme, elle jouit toujours du niveau de vie et du prestige social de son mari et n’a donc pas à se préoccuper d’y parvenir elle-même : c’est lui qui se charge de tout. Ainsi, la voie la plus courte au succès demeure toujours pour elle le mariage avec un homme qui a réussi. Pour tout obtenir, elle n’a donc besoin ni de zèle, ni d’ambition, ni de persévérance, mais simplement d’un physique attirant.

Nous avons déjà parlé des exigences des hommes bien dressés, quant au physique féminin. Les meilleures dompteuses d’hommes attrapent automatiquement, sans le moindre effort, ceux qui réussissent le plus brillamment dans la lutte pour la vie. Comme les femmes que l’on dit «belles» ont, depuis leur plus tendre enfance, la vie la plus facile, qu’elles ont donc ressenti encore moins que les autres la nécessité de développer leurs dispositions intellectuelles et spirituelles et que l’intelligence s’étiole faute de concurrence, on est obligé d’en déduire logiquement que les hommes qui remportent le plus de succès dans leur profession épousent les femmes dont la bêtise atteint les proportions les plus considérables. A moins qu’on ne considère le tour de main par lequel elles se transforment en hameçons comme une prouesse intellectuelle.

C’est devenu presque un cliché : l’homme, patron d’usine, financier, grand armateur, chef d’orchestre, arrivé au sommet de sa hiérarchie professionnelle, au sommet de son succès, épouse, le plus souvent en secondes ou troisièmes noces, un modèle de photos. Quant aux hommes riches de naissance, c’est dès leur premier mariage qu’ils s’offrent ce genre de «super-femme» pour ensuite en changer de temps a autre. Or la plupart de ces filles ont à peine fréquenté l’école primaire et jusqu’à leur mariage, n’ont rien fait d’autre que de poser gracieusement devant des caméras. Elles n’en sont pas moins riches virtuellement du fait de leur beauté.

Toutes ces femmes, sans exception, «renoncent à leur carrière par amour». En tout cas, c’est ce qu’elles disent à leur mari, et il les croit. La pensée que sa proposition de mariage épargne à cette femme la peine de préparer son bachot ou un examen à la faculté est beaucoup moins flatteuse pour lui. Aussi la chasse-t-il de son esprit pour s’enivrer de l’amour absolu qu’elle lui jure. En la jugeant d’après sa propre échelle de valeurs, qui sait, se dit-il, peut-être serait-elle devenue un jour une chirurgienne célèbre, une ballerine fêtée, une journaliste brillante, et elle abandonne tout ça pour moi ! Jamais il ne soupçonnera qu’elle préfère de beaucoup être la femme d’un chirurgien réputé et bénéficier de son revenu et de son prestige sans avoir son travail ni ses responsabilités. Il s’acharnera à lui faire une vie aussi agréable que possible pour quelle ne regrette jamais son immense sacrifice.

Dans les nations industrielles, un petit pourcentage des étudiantes décrochent leur diplôme universitaire avant le mariage. A part quelques exceptions, il s’agit des filles les moins attirantes physiquement et qui n’ont pas réussi, au cours de leurs études, à se procurer la main-d’oeuvre qu’elles puissent utiliser. Ce diplôme augmente automatiquement leur valeur marchande, car il existe un type d’hommes qui, à conditions qu’ils en aient un eux-mêmes, se sentent personnellement flattés par le titre universitaire de leur femme («Bon Dieu, ce que je dois être intelligent pour qu’une femme aussi cultivée s’intéresse à moi»). Et si son bas-bleu a tant soit peu de sexe, il monte du coup au septième ciel.

Il en retombe vite. Car médecin, juriste ou sociologue, sa femme «sacrifiera » sa carrière ou du moins la fera passer au second plan. Elle s’établira dans une belle villa de la banlieue riche, mettra des enfants au monde, s’occupera de ses corbeilles de fleurs et remplira son foyer de toute la camelote habituelle. En quelques années, ses distractions féminines lui auront fait oublier le peu de connaissances professionnelles qu’elle a appris par coeur, pour devenir exactement ce que sont ses voisine.

 

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