Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Propos bien intéressants de Carl Gustave Jung sur le rôle des sociétés secrètes.

Publié le par Nocif

La société secrète et le solitaire par Carl Gustav Jung

La société secrète et le solitaire par Carl Gustav Jung
 
J'avais promis la manne à ceux qui seraient patients. Depuis Soi et Paradis, ce blog, à l'image de l'Argos, tente d'aborder des rivages qui sont restés secrets et mystérieux. Aujourd'hui, vous comprendrez mieux pourquoi Carl Gustav Jung n'est pas un intellectuel comme les autres. Dans l'ouvrage « Ma vie » Souvenirs, rêves et pensées , Jung raconte sa vie, des propos recueillis en 1957 et publiés par Aniéla Jaffé. Il aborde le sujet des sociétés secrètes à la page 389. Un témoignage au-delà des phantasmes et des théories du complot qui, de plus, place dans le creuset "ceux qui cherchent la route par leurs propres moyens".


C.G. Jung est un impertinent doué d'une intelligence rare et c'est d'ailleurs ce qui fait que l'on s'attache particulièrement à ses écrits. Non content de révéler des "secrets" impubliables jusqu'alors, il se permet de plus les remarques suivantes:
"La société secrète est un échelon intermédiaire sur le chemin de l'individuation : on confie encore à une organisation collective le soin de se laisser différencier par elle ; c'est-à-dire que l'on n'a pas encore discerné qu'à proprement parler c'est la tâche de l'individu, de se tenir sur ses propres pieds et d'être différent de tous les autres. Toutes les identités collectives, qu'elles soient appartenance à des organisations, professions de foi en faveur de tel ou tel -isme, etc.., gênent et contrecarrent l'accomplissement de cette tâche. Ces identités collectives sont des béquilles pour des paralytiques, des boucliers pour anxieux, des canapés pour paresseux, des pouponnières pour irresponsables..."
 
Des pouponnières pour irresponsables...
 
Cependant, il précise :
"(ces identités collectives sont) tout autant des auberges pour des pauvres et des faibles, un havre protecteur pour ceux qui ont fait naufrage, le sein d'une famille pour des orphelins, un but glorieux et ardemment escompté pour ceux qui ont erré et qui sont déçus, et une terre promise pour les pèlerins harassés, et un troupeau et une clôture sûre pour brebis égarées et une mère qui signifie nourriture et croissance."
 
Il en vient donc à la conclusion suivante :

"C'est pourquoi il serait erroné de considérer ce degré intermédiaire comme un obstacle ; il représente au contraire, et encore pour longtemps, la seule possibilité d'existence de l'individu qui, aujourd'hui plus que jamais, se retrouve menacé d'anonymat. Cette appartenance à une organisation collective est si importante à notre époque qu'avec un certain droit elle paraît à beaucoup être un but définitif, tandis que toute tentative de suggérer à l'homme l'éventualité d'un pas de plus sur la voie de l'autonomie personnelle est considérée comme présomption ou défi prométhéen, comme phantasme ou comme impossibilité."
 
On le comprend ici, pour Jung, l'individuation est un chemin qui devrait être personnel car, à l'exemple des mythes, tels des héros, il nous faut vaincre, seul, le Minotaure et conquérir la Toison d'or pour atteindre le Soi.
Il nous livre ainsi les difficultés rencontrées par "ceux qui cherchent la route par leurs propres moyens", ceux qui ne veulent pas, à l'exemple du plant de tomate, être cultivés :
"Mais il peut advenir que quelqu'un, pour des motifs de poids, se voie contraint de chercher sa route, par ses propres moyens, vers des horizons plus larges, parce qu'il ne trouve, dans aucune des formes, aucun des moules, aucune des enveloppes, dans aucune des manières de vie et des atmosphères qui lui sont offertes, celle qui lui convient. Dès lors, il ira seul, représentant sa société à lui. Il sera sa propre multiplicité qui se compose de nombreuses opinions et nombreuses tendances, qui ne vont point nécessairement toutes dans le même sens...
De même que l'initié, grâce au secret de sa société, s'interdit le détour dans une société moins différenciée, de même l'individu isolé à besoin, pour cheminer solitaire, d'un secret que, pour quelque motif que ce soit, il ne doit ni ne peut livrer. Un tel secret l'oblige à s'isoler dans son projet individuel...
Le besoin d'un tel secret est, dans de nombreux cas, si grand, qu'il suscite des pensées et des actions dont on ne se sent plus capable de supporter la responsabilité. Souvent, derrière de semblables attitudes, il serait faux de ne voir qu'arbitraire ou présomption ; c'est au contraire une dira necessitas - une cruelle nécessité - inexplicable à l'individu lui-même qui s'empare de lui tel un destin inéluctable, et qui lui démontre ad oculos - qui lui place devant les yeux - pour la première fois peut-être de sa vie, l'existence de facteurs étrangers plus puissants que lui au sein de ses domaines les plus intimes dont il se croyait le maître."

 

Le lien: link

Commenter cet article